Estampe représentant Louis XIV sur un quadrige au sommet d'un arc de triomphe, terrassant les ennemis de la France, vers 1684

Louis XIV terrassant les ennemis de la France

En haut d'un arc de triomphe, Louis XIV terrasse les ennemis. Dans un cartouche sur le socle : Soli invicto principi. Dans un autre cartouche : Ludovico Magno augusto, / victori, pacifico, Germanico, Sequanico, / Batavico, Belgico, parenti patriæ, suorum / amori, artium instauratori &c. L'arc est soutenu par quatre colonnes corinthiennes, et entre les colonnes, sont cinq médaillons historiés avec dévises et des références à des événements, e.g. Rhenus et Batavus superati, référence au passage du Rhin en 1672, après le décès de Lenfant. Sur l'arc, deux Renommées tiennent la couronne royale.
Lenfant, Jean (1615?-1674), Louis XIV sur un quadrige terrasse les ennemis de la France, 1684. [En ligne sur NuBIS]
Parmi les documents récemment numérisés et mis en ligne sur NuBIS, nous vous proposons de découvrir une estampe représentant Louis XIV (1638-1715) sur un quadrige terrassant les ennemis de la France. Réalisée vers 1684, cette image à la gloire du roi s’appuie sur l’iconographie antique et cherche à valoriser la personnalité et les actions du souverain.

Au sommet d’un arc de triomphe richement orné, le monarque conduit un quadrige flanqué de deux trophées d’armes. Vêtu à la romaine et ceint de la couronne de laurier du vainqueur, il est représenté en Jupiter dirigeant son foudre contre ses ennemis. Ses quatre chevaux foulent les ennemis et leurs drapeaux.

Relief en stuc blanc de Louis XIV à cheval, vêtu en empereur romain, couronné par une victoire et foulant des ennemis au sol.
Antoine Coysevox, Louis XIV triomphant, vers 1681-1682, Musée national du château de Versailles. [Source : Wikimédia commons]

Ils n’écrasent cependant pas une armée clairement identifiable mais des allégories : le personnage enlevant un masque de son visage constitue ainsi un symbole traditionnel de la duplicité (qui pourrait ici incarner le protestantisme). Le roi porte également une corne d’abondance, symbole des bienfaits apportés par son action : trois putti tentent de saisir les fleurs, fruits, bijoux et pièces d’or qui en sortent.

Une iconographie empruntée à l’Antiquité

Cette image allégorique présente des codes iconographiques régulièrement mobilisés par les artistes dans les représentations de Louis XIV ayant une visée de propagande monarchiste. La référence romaine, déjà présente dans certaines représentations des rois Henri IV (1553-1610) et Louis XIII (1601-1643), se développe particulièrement dans les représentations du souverain produites sous Louis XIV et se retrouve par exemple dans le bas-relief Louis XIV triomphant d’Antoine Coysevox, qui orne le salon de la guerre au château de Versailles.

Louis XIV assis, vêtu en empereur romain, tenant un foudre à la main gauche, le pied droit posé sur un bouclier à tête de gorgone, et accompagné par un aigle
Charles Poerson, Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde, vers 1652-1654, Musée national du château de Versailles. [Source : Wikimédia Commons]

Notre gravure fait référence à deux dieux de la mythologie romaine sous les attributs desquels Louis XIV était souvent dépeint : Jupiter et Apollon. Si le foudre renvoie clairement au roi des dieux de l’Olympe, le quadrige et les rayons solaires auréolant le souverain et dispersant les nuages qui l’entourent évoquent Apollon, le dieu des arts chargé de conduire le char du soleil pour illuminer la terre.

Ce vocabulaire iconographique a entre autres été mobilisé par Charles Poerson (Louis XIV en Jupiter vainqueur de la Fronde, vers 1652-1654, Musée national du château de Versailles) et Joseph Werner II (Louis XIV, sous les traits d’Apollon, conduisant un quadrige, vers 1662-1667, Musée national du château de Versailles).

Louis XIV sur un quadrige au dessus des nuages, tenant une lyre et entouré de femmes dansant
Joseph Werner II, Louis XIV, sous les traits d'Apollon, conduisant un quadrige, vers 1662-1667, Musée national du château de Versailles. [Source : Louvre Collections]

L’association à Apollon était particulièrement prisée du monarque, qui avait lui-même choisi le soleil pour symbole. Louis XIV apparaît ainsi sous les traits d’Apollon au cœur des jardins de son château de Versailles, dans le groupe sculpté en plomb du Char d’Apollon réalisé vers 1668-1670 par Jean-Baptiste Tuby et qui orne le bassin d’Apollon.

Les symboles de la monarchie française

La gravure mêle cependant références antiques et symboles de la monarchie et du monarque. Le roi est clairement identifiable grâce à différents éléments : son char porte son symbole, le soleil, surmonté de sa devise, « Nec pluribus impar » (« à nul autre pareil »), et de petits soleils ornent les chapiteaux des colonnes de l’arc de triomphe.

La frise de l’arc présente une alternance de fleurs de lys et de « L » entrelacés, qui constituent le chiffre du monarque. Enfin, au-dessus de la baie, deux Renommées apposent la couronne royale sur un médaillon orné des fleurs de lys de France et entouré du cordon de l’ordre du Saint-Esprit, dont le roi est le grand-maître.

Un programme décoratif au service du règne

Médaillon illustrant la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV en 1674, avec canons et soldats traversant un paysage enneigé, évoquant la campagne militaire victorieuse du roi
Lenfant, Jean (1615?-1674), Louis XIV sur un quadrige terrasse les ennemis de la France, 1684 (détail). Médaillon illustrant la conquête de la Franche-Comté.

L’ornementation de l’arc de triomphe valorise les réalisations du règne : chacun des piédroits de l’arc est orné de six médaillons accompagnés de devises en latin faisant référence aux actions du souverain dans différents domaines.

Il s’agit d’actions militaires extérieures, telles que la lutte contre les Turcs en Hongrie en 1664, le passage du Rhin pendant la guerre de Hollande en 1672, la conquête de la Franche-Comté en 1674 et le rattachement de Strasbourg à la France en 1681, mais également de combats internes au royaume.

Les représentations de la destruction des temples huguenots, menée entre 1679 et 1685, ainsi que celles d’Hercule combattant l’hydre de l’Herne et le géant Géryon renvoient à la lutte du roi contre « l’hérésie » protestante, qui conduit en 1685 à la révocation de l’édit de Nantes. La date de réalisation de la gravure (aux alentours de 1685) explique probablement l’importance des allusions à la lutte contre le protestantisme.

Médaillon représentant la rénovation des arts sous Louis XIV, avec globe terrestre, luth, instruments de mesure et palette de peintre symbolisant le soutien du roi aux sciences et aux arts
Lenfant, Jean (1615?-1674), Louis XIV sur un quadrige terrasse les ennemis de la France, 1684 (détail). Médaillon illustrant la rénovation des arts.

Certains médaillons valorisent également des réalisations politiques, économiques et culturelles du règne. Un d’entre eux renvoie au creusement du canal des Deux-Mers (1666-1681), ou canal du Midi, qui permit de faire la jonction entre l’océan atlantique et la Méditerranée, et à son impact sur le développement du commerce.

Un autre met en avant la « rénovation des arts », qui se traduit entre autres par la création des académies de peinture et de sculpture (1648), de danse (1661) ou encore de musique (1669). Louis XIV était lui-même un passionné de danse et jouait de la guitare.

Vue générale de l'estampe montrant l'ensemble de la composition avec l'arc de triomphe, les médaillons historiés et Louis XIV sur son quadrige
Lenfant, Jean (1615?-1674), Louis XIV sur un quadrige terrasse les ennemis de la France, 1684 (détail). Médaillon illustrant la restauration des lois.

Enfin un médaillon valorisant la « restauration des lois » évoque les réformes et codes promulgués sous l’égide du roi, tels que le « Code Louis » (1667), qui réforme l’organisation des juridictions royales, ou le code criminel (1670).

Conclusion

Cette gravure valorise ainsi globalement l’action du roi, présenté à la fois en guerrier et en bienfaiteur de la France. La visée de ce document n’est cependant pas clairement établie à l’heure actuelle : il pourrait avoir été pensé pour orner une thèse ou pour servir de page de titre à un livre.

L’estampe constitue un témoignage exceptionnel de l’art de la propagande monarchiste au XVIIe siècle, mêlant habilement références antiques et symboles contemporains pour magnifier la figure royale et ses réalisations.

Pour aller plus loin :

Laurie Aoustet,
Conservatrice au service de la valorisation numérique des collections et du soutien à la recherche (SERVAL)
Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne